Et si ce que nous n’exprimons pas s’imprimait dans notre corps…
Les mots sont invisibles.
On ne peut ni les toucher ni les peser.
Et pourtant… ils ont parfois plus d’impact qu’un coup.
Un mot peut relever.
Un mot peut briser.
On pense souvent qu’ils ne vivent que dans la tête.
Qu’ils s’envolent après avoir été prononcés.
Mais ce n’est pas vrai.
Les mots descendent.
Ils entrent en nous.
Ils s’installent.
Ils prennent corps.
L’information nous nourrit… ou nous empoisonne
Chaque jour, nous avalons des milliers d’informations.
Des phrases.
Des regards.
Des critiques.
Des souvenirs.
Des « tu n’es pas assez », « tu es trop », « tu devrais être autrement ».
Tout cela, nous ne faisons pas que l’entendre.
Nous l’ingérons.
Comme de la nourriture.
L’information entre par nos oreilles, par nos yeux, par notre cœur…
et elle descend.
Jusqu’à notre ventre.
Jusqu’à notre estomac.
Comme un aliment émotionnel.
Et notre corps tente de la digérer.
Quand ça ne se digère pas
Certaines paroles passent.
D’autres restent.
Elles stagnent.
Comme un repas trop lourd.
Comme quelque chose qui bloque.
Notre estomac essaye de traiter l’information… mais parfois elle ne se transforme pas.
Elle ne se comprend pas.
Elle ne se libère pas.
Alors elle devient tension.
Une boule dans le ventre.
Des nausées.
Des brûlures.
Des spasmes.
Puis l’intestin prend le relais.
Lui, normalement, sait trier.
Le bon du mauvais.
Le nourrissant du toxique.
Mais quand nous avons été trop exposés à des mots blessants…
à des jugements répétés…
à des vérités imposées…
Il ne sait plus faire la différence.
Tout se mélange.
Le doute.
La honte.
La peur.
La colère.
Le corps garde la mémoire
Notre microbiote, ce petit monde vivant à l’intérieur de nous, absorbe tout.
Il enregistre.
Il se modifie.
Il s’imprègne de notre stress, de nos peines, de nos silences.
Et ce qui n’a pas été digéré ne disparaît pas.
Cela remonte.
Par ce lien invisible et fascinant qu’est le nerf vague,
comme un messager entre le ventre et le cerveau.
L’information revient à la tête.
Mais transformée.
Plus lourde.
Plus sombre.
Comme un poison.
Et peu à peu…
Ce qui était faux devient une vérité.
« Je ne suis pas assez bien. »
« Je suis incapable. »
« Je ne mérite pas. »
À force de l’entendre…
le corps finit par y croire.
Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime
Une émotion retenue ne disparaît pas.
Elle se loge quelque part.
Dans la poitrine.
Dans la gorge.
Dans le dos.
Dans les articulations.
La peur devient palpitations.
L’angoisse devient vertiges.
La tristesse devient fatigue.
La colère devient contractures.
Le corps parle ce que la bouche n’a pas osé dire.
Comme s’il murmurait :
« Écoute-moi. Regarde ce que tu portes encore. »
La maladie n’arrive pas toujours comme une ennemie.
Parfois, c’est un message.
Le Mal a dit.
Quelque chose en nous qui demande enfin à être entendu.
Les mots peuvent aussi guérir
Heureusement… le chemin inverse existe.
Si les mots blessent,
les mots réparent.
Une parole douce détend un muscle.
Un encouragement ouvre la poitrine.
Un « je suis fier de toi » peut faire fondre des années de dureté.
Se parler avec tendresse change la chimie du corps.
Dire :
« j’ai le droit »,
« je fais de mon mieux »,
« je suis suffisant(e) »,
ce ne sont pas que des phrases.
Ce sont des baumes.
Des médicaments invisibles.
Et si nous choisissions mieux ce que nous avalons ?
Comme pour la nourriture, nous pouvons apprendre à choisir.
À ne plus tout laisser entrer.
À ne plus croire chaque parole.
À ne plus laisser les jugements devenir notre vérité.
Nous pouvons aussi apprendre à sortir ce qui est resté coincé.
Parler.
Écrire.
Pleurer.
Respirer.
Toucher.
Bouger.
Exprimer.
Parce que ce qui sort ne s’imprime plus.
En réalité…
Nous ne sommes pas faibles parce que notre corps parle.
Nous sommes vivants.
Sensibles.
Humains.
Et peut-être que notre ventre, notre cœur, notre peau ne font qu’une chose :
Nous rappeler doucement :
« Prends soin de ce que tu laisses entrer en toi.
Les mots sont une nourriture.
Choisis ceux qui te font grandir. »